L’ordre fût donné peu après l’immobilisation totale du vaisseau : des représentants du peuple jovien allaient se rendre sur les pôles principaux du monde Terrien pour établir un premier contact avec la population. Eit s’éleva la première.
On lui avait conté tant de merveilles à propos de ce monde, qu’elle s’élança du vaisseau avec un sentiment d’impatience mêlé de fébrilité.
Des souffles d’air tiède vinrent doucement se lover autour de sa taille et la porter un peu plus haut. À mesure qu’elle s’élevait, les arômes de la Terre se multipliaient. Des chants d’oiseaux venaient résonner à ses oreilles, lointains ou rapprochés, et parfois, des battements d’ailes effleuraient son visage, qui était ici une curiosité venue d’en bas. Les courants d’air chaud la guidaient dans l’atmosphère, emplissant son corps d’une agréable tranquillité.
Elle ressentait soudain l’immensité des océans, elle entendait les vagues s’écraser sur des roches polies par des siècles de production de la nature, le ressac qui s’ensuivait, puis les longues plaines dont l’herbe accompagnait souplement les mouvements du vent, et renflées çà et là par des collines sablonneuses, ou ornées de forêts abritant des faunes diverses.
Plus haut encore, les gouttelettes des premiers nuages vinrent perler ses joues. Une douce fraîcheur vint se mêler au bouillonnement qui l’avait envahie plus tôt. Elle continua à prendre de la hauteur, jusqu’à ce que les premiers sommets montagneux la surplombent de leur masse imposante. Ils déroulaient pour elle de larges et froides étendues enneigées, s’échangeant parfois quelques nuées de flocons sous l’effet du vent.
On lui avait conté un jour que la neige n’était pas blanche, mais uniquement le reflet de la beauté de l’azur. Elle sentit alors l’énergie qui sillonnait l’espace entre la Terre et le ciel, dans un dialogue éternel qui décidait de l’histoire du Monde depuis des millénaires.
Eit sortit de sa douce torpeur quand elle aperçut dépasser au loin les plus hauts gratte-ciels de la ville Terrienne d’Antoll, dans laquelle elle était chargée d’échanger avec la population. Il était déjà question de se montrer aux Terriens, et ensuite de ne pas déclencher de conflit. Antoll n’était qu’à quelques minutes.
J’ai fini par sortir de mon trou, moi aussi. Je savais plus quoi faire, chez moi, sans personne, sans nouvelles. Et puis y’avait plus de bruit, nulle part. Alors j’ai mis le nez dehors, comme tout le monde.
Une fois à l’extérieur, avec les autres, on s’est rendu compte qu’on avait tous vécu le même truc : le récepteur qui déconne, s’arrête, puis le silence, ce silence…étouffant, un calme méga lourd le truc, gênant. On savait plus quoi faire, quoi se dire, alors on est sorti.
À l’extérieur, ça s’est calmé. Quelqu’un a dit qu’une jovienne allait débarquer ici, par les airs. Je sais pas comment il a eu l’info, mais les médias sont là, et voilà qu’on se retrouve tous à guetter le ciel…il fait encore sacrément sombre avec ce vaisseau posé au loin, là-bas. C’est étrange, il paraît proche et loin à la fois.
Le soleil arrive encore à faufiler quelques-uns de ses rayons, quand tout à coup, les caméras et les gigantesques projecteurs installés sur les toits se dirigent d’un seul mouvement dans la même direction. Les faisceaux viennent se concentrer sur un bout de nuage, le tout retransmis sur des écrans géants installés dans les rues.
Pendant quelques secondes, on observe la nuée blanche, un peu confus, jusqu’à ce que se détachent du nuage, au même moment, plusieurs silhouettes. Elles sont encore minuscules, et semblent se déplacer ensemble, comme lancées dans une lente chorégraphie. Les objectifs peinent un instant à faire la mise au point, avant qu’on distingue…des oiseaux !
Des centaines d’oiseaux survolent à présent la ville et continuent leur danse improvisée, formant des cercles, puis traçant des figures arrondies, modelant leurs contours, aile après aile, cassant le relief, jouant sur les ombres, pour prendre soudain l’allure d’une grappe de plumes, et finalement se réaligner dans l’apparence d’un groupe en pleine transhumance.
Au milieu, personne ne l’avait aperçue, jusqu’à ce que les caméras se concentrent sur elle. La Jovienne était là, sa longue robe aux couleurs éclatantes ondoyant autour d’elle. Elle se déplaçait doucement, faisant face aux milliers de paires d’yeux clouées au sol et rivées sur elle.
Ses longs cheveux lisses ondulaient au gré du vent, le soleil reflétait sa peau d’une clarté éblouissante.
Par l’air et la grâce elle disait tant de choses; tout jouait en elle.